1La pyramide alimentaire
À la base : le foin de qualité, disponible 24 h/24. Il use les dents (qui poussent en permanence) et fait fonctionner le transit. Au milieu : une petite ration de granulés uniformes (1 à 2 cuillères à soupe par jour). Au sommet : des légumes frais variés, environ une tasse pour 2 kg de poids. Tout en haut, marginales : les friandises, uniquement naturelles.
Cette hiérarchie n'est pas négociable. Inverser la pyramide - beaucoup de granulés, peu de foin - est l'erreur la plus répandue et la cause directe des malocclusions et des stases. Un lapin doit manger « ennuyeux » : de l'herbe séchée, en quantité, la plupart du temps.
2Choisir et présenter le foin
Un bon foin est vert, parfumé et sec, jamais poussiéreux ni moisi. Le timothy convient aux adultes ; l'alfalfa (luzerne), trop riche en calcium et en protéines, est réservé aux jeunes de moins de 6 mois et aux femelles gestantes ou allaitantes.
La présentation compte autant que la qualité. Placez le foin en hauteur dans un râtelier, ou mélangez-en à la litière et dans un bac à fouille pour encourager le grignotage naturel. Un lapin qui « boude » son foin en mange souvent trop peu : variez les provenances (montagne, prairie, timothy) jusqu'à trouver celui qu'il dévore.
Astuce : placez le foin juste à côté du bac à litière. Les lapins aiment manger et faire leurs besoins en même temps ; ce simple agencement augmente nettement leur consommation de fibres.
3Le rôle des granulés
Les granulés sont un complément, pas la base. Choisissez des granulés uniformes (jamais de mélanges avec graines, fruits secs ou morceaux colorés, qui poussent le lapin à trier et à ne manger que le sucré) et riches en fibres. Comptez 1 à 2 cuillères à soupe par jour pour un adulte de taille moyenne.
Un excès de granulés est l'une des premières causes d'obésité et de crottes molles : trop rassasiant, il fait délaisser le foin. Chez un lapin en surpoids ou peu porté sur son foin, on peut réduire, voire supprimer temporairement les granulés sur avis vétérinaire, le temps de rééquilibrer.
4Légumes : lesquels et comment
Parmi les plus sûrs et appréciés : fanes de carotte, céleri branche, persil plat, romaine, endive, roquette, basilic, menthe, fenouil, feuilles de radis. Comptez environ une tasse de légumes variés pour 2 kg de poids, répartie sur la journée.
La règle d'or : un seul nouveau légume à la fois, en petite quantité, puis surveillez les crottes pendant 48 h. Un changement bien toléré peut être maintenu ; à la moindre crotte molle, on revient en arrière. Cette prudence évite les diarrhées, particulièrement dangereuses chez le lapin.
Lavez toujours les légumes, servez-les à température ambiante (jamais sortis du frigo) et retirez ce qui n'est pas mangé le soir pour éviter le flétrissement et les fermentations.
5Fruits et friandises
Les fruits sont des friandises, pas des aliments. Une demi-fraise, une fine tranche de pomme sans pépins, un demi-centimètre de banane : une à deux fois par semaine maximum, car le sucre déséquilibre la flore et favorise le surpoids.
Oubliez les friandises industrielles pour lapins (bâtonnets au miel, drops au yaourt, mélanges colorés) : ce sont des confiseries déguisées, aussi nocives qu'attirantes. Si vous voulez récompenser votre lapin, une feuille d'herbe aromatique ou un morceau de légume favori fait très bien l'affaire.
6La transition alimentaire
Tout changement - nouveau foin, nouvelle marque de granulés, ajout d'un légume - doit se faire progressivement, sur 7 à 14 jours, en mélangeant proportions croissantes de nouveau et décroissantes d'ancien.
La raison est microbiologique : la flore intestinale du lapin est un écosystème fragile. Un changement brutal provoque une dysbiose (déséquilibre des bactéries), qui libère des gaz et peut déclencher une stase digestive potentiellement mortelle. La lenteur n'est pas un excès de prudence, c'est une nécessité physiologique.
7Hydratation et eau
L'eau fraîche doit être disponible en permanence. Préférez une gamelle lourde en céramique au biberon : elle est plus naturelle, permet de boire de plus grandes gorgées et se nettoie mieux. Un lapin boit davantage à la gamelle, ce qui aide à prévenir les boues et calculs urinaires.
Surveillez la consommation : une soif soudainement excessive, comme un arrêt de la boisson, sont des signaux d'alerte. En été, renouvelez l'eau plusieurs fois par jour et gardez-la à l'ombre. Les légumes-feuilles, riches en eau, contribuent aussi à l'hydratation.
8À bannir absolument
Interdits formels : granulés colorés et mélanges « gourmands », mélanges de graines, laitue iceberg, pain, biscuits, chocolat, avocat, pomme de terre crue, haricots secs, oignon, ail, et toute friandise industrielle sucrée.
Le point commun de ces aliments : sucre, amidon ou toxines. Le sucre et l'amidon nourrissent les mauvaises bactéries et déclenchent des fermentations dangereuses. Retenez une règle simple : si ce n'est pas du foin, de l'herbe, un légume-feuille ou un petit morceau de fruit occasionnel, c'est probablement à éviter.
En cas d'ingestion d'un aliment toxique (chocolat, avocat, plante d'ornement), ne tentez rien vous-même : notez ce qui a été avalé, en quelle quantité, et appelez immédiatement un vétérinaire NAC.
9Adapter le régime à chaque âge
Les besoins changent avec l'âge. Le lapereau de moins de 6 mois est en pleine croissance : il a besoin de protéines et de calcium, d'où le foin d'alfalfa (luzerne) et des granulés junior à volonté durant cette période - la seule où « à volonté » vaut aussi pour les granulés. On introduit les légumes progressivement à partir de 3 mois, un par un, à cause de la fragilité digestive.
Vers 6-7 mois, on bascule en douceur vers le régime adulte : foin de graminées (timothy, prairie) à volonté, granulés rationnés (1 à 2 c. à soupe), légumes variés. On abandonne l'alfalfa, désormais trop calcique et trop riche.
Le lapin senior (à partir de 5-6 ans) demande une surveillance du poids : certains maigrissent (dents, arthrose qui gêne l'accès au foin), d'autres grossissent (baisse d'activité). On ajuste alors granulés et légumes, et on facilite l'accès à la nourriture. En cas d'amaigrissement ou de fonte musculaire, un bilan vétérinaire s'impose.
10Bien comprendre les cæcotrophes
Les cæcotrophes sont ces petites grappes molles, brillantes et odorantes que le lapin produit - généralement la nuit ou tôt le matin - et qu'il réingère directement à l'anus. Ce n'est ni de la diarrhée ni un comportement sale : c'est un maillon indispensable de sa digestion, qui lui permet de récupérer protéines, vitamines B et K produites par sa flore.
Un lapin en bonne santé, bien nourri en fibres, mange tous ses cæcotrophes ; vous n'en voyez donc quasiment jamais. Si vous en retrouvez collés au pelage de l'arrière-train, écrasés dans la litière ou en excès, c'est presque toujours le signe d'une alimentation trop riche : trop de granulés, trop de fruits ou de légumes sucrés.
La correction est diététique avant tout : on réduit les granulés et les extras, on augmente le foin. Un surpoids, des problèmes dentaires ou une arthrose peuvent aussi empêcher le lapin d'atteindre son anus pour manger ses cæcotrophes - auquel cas la cause est médicale et mérite une consultation.
11Décrypter une étiquette de granulés
Tous les granulés ne se valent pas, et le marketing (« gourmand », « complet », « premium ») ne veut rien dire. Fiez-vous à la composition. Visez au moins 20-25 % de fibres brutes (cellulose), une teneur en protéines modérée (12-16 % pour un adulte), et un taux de calcium contenu. Le premier ingrédient de la liste doit être une fibre (foin, luzerne déshydratée, plantain), jamais des céréales ou des sous-produits.
Fuyez tout ce qui contient graines, flocons, morceaux colorés, fruits secs, miel ou mélasse : le lapin trie et ne mange que le sucré, laissant les fibres. Ces mélanges « festifs » sont la première cause d'obésité et de déséquilibre alimentaire.
Règle d'or : un bon granulé est monotone et uniforme. S'il ressemble à un muesli appétissant pour humain, c'est mauvais signe. Le luxe, pour un lapin, c'est un bon foin, pas un granulé sophistiqué.
12Herbe, pissenlit et plantes sauvages
L'herbe fraîche est l'aliment le plus naturel du lapin, encore meilleur que le foin (qui n'est que de l'herbe séchée). Si vous avez accès à une prairie non traitée, non souillée par les chiens ou les routes, vous pouvez en cueillir. Le pissenlit, le plantain, le trèfle (avec modération), l'achillée ou la mauve sont d'excellentes plantes sauvages.
Deux précautions capitales. D'abord, l'introduction progressive : comme pour tout aliment, on commence par de petites quantités pour habituer la flore, sous peine de diarrhée. Ensuite, l'identification : ne donnez que ce que vous reconnaissez avec certitude. De nombreuses plantes sauvages (renoncule, ficaire, colchique, digitale) sont toxiques.
Ne cueillez jamais l'herbe le long des routes, dans les parcs traités ou fréquentés par d'autres animaux (risque de parasites, de pesticides et, en été, d'œufs de mouches). Et ne servez jamais de l'herbe de tondeuse : chauffée et écrasée, elle fermente très vite et peut provoquer une stase.