1Grossesse nerveuse (pseudogestation)
Chez une lapine intacte, un montage par un congénère ou un simple pic hormonal peut déclencher une fausse gestation : construction d'un nid, poils arrachés sur le fanon et le ventre, agressivité soudaine, parfois baisse d'appétit. L'épisode dure en général 16 à 18 jours.
Ce comportement, bien que naturel, est stressant pour l'animal et peut se répéter. La stérilisation en est la prévention définitive. Surveillez toutefois l'alimentation pendant l'épisode : une lapine qui cesse complètement de manger doit être vue rapidement.
2Pododermatite plantaire
La pododermatite désigne des plaies aux coussinets, liées aux sols durs (cage filaire, carrelage nu), au surpoids ou à une litière humide. Elle commence par une simple rougeur, puis s'aggrave en plaie ouverte, potentiellement infectée en profondeur.
La prise en charge précoce change tout : tapis antidérapant moelleux, perte de poids si nécessaire, litière propre et sèche, et soins vétérinaires. Négligée, elle devient chronique et douloureuse, et peut atteindre l'os. Inspectez régulièrement le dessous des pattes, surtout chez les lapins lourds ou peu actifs.
3Malocclusion dentaire
Les dents du lapin - incisives ET molaires - poussent toute sa vie. Sans usure suffisante (manque de foin) ou par prédisposition génétique, elles se désalignent : le lapin bave, maigrit, laisse tomber sa nourriture, refuse les aliments durs.
Seul un vétérinaire NAC peut corriger le problème, en limant les dents sous anesthésie et en contrôlant les molaires du fond, invisibles à l'œil nu. La meilleure prévention reste le foin à volonté, qui impose le mouvement de mastication latéral nécessaire à une usure régulière.
4Encephalitozoon cuniculi (E. cuniculi)
Ce parasite microscopique, très répandu et souvent latent, peut se réveiller à la faveur d'un stress ou d'une baisse d'immunité. Il provoque alors une tête penchée (torticolis), des troubles de l'équilibre, des mouvements oculaires anormaux, voire une paralysie ou une atteinte rénale.
Une tête soudainement penchée est une urgence : plus le traitement (antiparasitaire, anti-inflammatoire, soutien) est précoce, meilleur est le pronostic. Beaucoup de lapins récupèrent bien s'ils sont pris en charge rapidement - d'où l'importance de ne jamais attendre « que ça passe ».
5Trichobézoards et boules de poils
Le lapin ne vomit pas : les poils avalés lors de la toilette, surtout en période de mue, peuvent former un amas et ralentir le transit. Chez un lapin bien nourri en fibres, ces poils sont normalement évacués ; c'est le manque de foin ou une stase qui rend le trichobézoard dangereux.
La prévention passe par un brossage régulier (indispensable pendant les mues, quotidien chez les races à poils longs), du foin à volonté et une bonne hydratation. Un lapin qui mue abondamment, mange moins et fait de petites crottes reliées par des poils doit être surveillé de près.
6Myiase (asticots)
La myiase est une urgence vitale, surtout en été : des mouches pondent sur un arrière-train souillé ou humide, et les larves éclosent en quelques heures, dévorant les tissus. Un lapin peut en mourir très vite.
La prévention est simple : garder les fesses propres et sèches, surtout chez les lapins en surpoids, âgés ou à cæcotrophes collants qui n'arrivent pas à se nettoyer. En cas de larves visibles, ne les retirez pas vous-même : direction le vétérinaire NAC immédiatement, c'est une course contre la montre.
7Problèmes urinaires (boues et calculs)
Le calcium du lapin s'élimine par les urines, qui sont naturellement troubles et parfois orangées. Un excès (alimentation trop riche, alfalfa chez l'adulte, manque d'eau) peut former des « boues » ou des calculs, à l'origine de douleurs, de sang dans les urines et de difficultés à uriner.
La prévention repose sur une bonne hydratation (gamelle plutôt que biberon), une alimentation adaptée (foin de graminées, pas d'alfalfa chez l'adulte) et de l'exercice. Du sang dans les urines, une posture voûtée ou des efforts répétés pour uriner imposent une consultation.
8Quand s'inquiéter
Consultez sans attendre dès l'apparition de l'un de ces signes : patte rouge ou gonflée, tête penchée, sang dans les urines, larves visibles dans le pelage (myiase), bosse sur la mâchoire, saignement, ou refus alimentaire de plus de 12 heures.
Ces symptômes n'ont pas tous la même gravité, mais ils partagent une caractéristique : chez le lapin, ils apparaissent souvent tard, quand la maladie est déjà installée. Face au doute, le bon réflexe n'est jamais d'attendre, mais de décrocher le téléphone.
9Abcès dentaires et faciaux
Le pus du lapin n'est pas liquide comme chez le chien ou le chat : il est épais, caséeux (comme du fromage), ce qui le rend particulièrement difficile à drainer. Les abcès sont donc une affection redoutée, souvent d'origine dentaire - une racine de dent infectée qui « perce » vers la mâchoire ou la joue.
Le premier signe est fréquemment une bosse ferme sous la mâchoire ou sur la face, parfois accompagnée d'un écoulement, d'une perte d'appétit ou d'un larmoiement (une racine dentaire peut comprimer le canal lacrymal). Un simple percement au cabinet ne suffit presque jamais : le traitement associe chirurgie, antibiothérapie prolongée et parfois extraction de la dent responsable.
La prévention passe par une bonne usure dentaire (foin à volonté) et des contrôles réguliers de la bouche chez le NAC, seul capable d'examiner les molaires du fond. Toute bosse sur la tête, même indolore, mérite un examen sans tarder : plus l'abcès est pris tôt, plus il est maîtrisable.
10Yeux : cataracte et écoulements
Les yeux du lapin renseignent beaucoup sur sa santé. Un œil qui coule (épiphora), des poils humides ou agglutinés sous l'œil évoquent souvent un canal lacrymal bouché - fréquemment lié à une racine de dent trop longue qui appuie dessus. La cause est donc parfois dentaire, et pas seulement oculaire.
Un voile blanchâtre dans l'œil peut être une cataracte (opacification du cristallin), liée à l'âge ou parfois à une infection par E. cuniculi chez le jeune. Une rougeur, un œil mi-clos, un gonflement ou une sensibilité à la lumière signalent plutôt une conjonctivite, un ulcère de la cornée (après un coup ou un frottement) ou un corps étranger (brin de foin).
Ne mettez jamais de collyre humain de votre propre initiative : certains sont dangereux. Nettoyez délicatement au sérum physiologique si besoin, et consultez. Un œil est un organe fragile où un problème banal peut s'aggraver vite.
11Coryza et troubles respiratoires
Le « coryza » (souvent dû à la bactérie Pasteurella) est l'infection respiratoire la plus fréquente du lapin. Il se manifeste par des éternuements, un écoulement nasal (clair puis épais), des croûtes autour du nez, et parfois des yeux qui coulent. Astuce d'observation : un lapin qui s'essuie souvent le nez avec ses pattes avant a fréquemment les faces internes des pattes souillées et collées.
Le danger, c'est l'évolution vers une pneumonie : respiration rapide, difficile, bouche ouverte, perte d'appétit, abattement - là on est en urgence. Le lapin respire normalement par le nez ; une respiration bouche ouverte est toujours un signe grave.
Le traitement repose sur une antibiothérapie adaptée (parfois longue), et la maladie peut devenir chronique. La prévention passe par un environnement sain : bonne aération sans courants d'air, litière non poussiéreuse (jamais de résineux), foin de qualité et réduction du stress, qui affaiblit les défenses et réveille les infections latentes.